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  • Hélène Lefort Vongmany

Qi Gong et psychiatrie

Dernière mise à jour : 14 mars

Une expérience en hôpital de jour

Hélène Lefort Vongmany

Première partie :

Travail postural, modification du schéma corporel et de l’humeur



Qi Gong et psychiatrie


À l’heure où les méthodes de soins psychiatriques s’organisent massivement autour des outils tels que le DSM5, la psychopharmacologie, les thérapies cognitives et comportementales, l’électroconvulsivothérapie et les technologies de réalités virtuelles appliquées à la psychiatrie, il est à noter que se déploient simultanément dans de nombreux services psychiatriques des thérapies non conventionnelles basées sur la relaxation psycho corporelle et une vision holistique de la santé telles que le Qi Gong, le Tai Chi, le Yoga.

Elles ont en commun de proposer des exercices physiques spécifiques qui s’inscrivent dans un corpus théorique culturel antique tel que l’Ayurveda indien ou les arts du Tao chinois.

Ces médecines philosophiques ont en commun une approche globale de la santé qu’elle considèrent être une harmonie visant le corps et l’esprit/émotion, en relation avec l’environnement et même avec le macrocosme.

Cette approche corps/esprit holistique est très éloignée des concepts de psychosomatique contemporains qui proposent généralement d’aborder les souffrances physiques par le biais des souffrances psychiques.

L’approche énergétique du corps-esprit dans le Qi Gong est une forme d’approche psychosomatique à la différence qu’elle pose l’origine des maladies non pas du côté seulement des émotions ou du corps mais dans les blocages d’énergie ( Qi).

Le déblocage de cette énergie vitale est un des objectifs majeurs des arts du Tao et du Qi Gong . Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article.

Le Qi Gong, qui signifie littéralement : « travail sur l’énergie », issu des arts du Tao, propose un large éventail d’exercices basés sur des mouvements accessibles à tous, qui permettent d’améliorer la condition physique et l’humeur.

L’énergie ( ou Qi) est un vaste concept qui comprend les fluides (sang, lymphe..), l’énergie électromagnétique ou polarisation des cellules vivantes, les pensées, les émotions et tout ce qui en nous doit circuler librement.

Ce qui circule est Qi, et ce qui circule et vit en nous est en relation avec ce qui vit et circule autour de nous, les rythmes de la nature , les saisons ..

Le Qi Gong propose une approche accessible à presque toutes les conditions physiques, basée sur la répétition de mouvements lents et harmonieux, accompagnés de respirations spécifiques qui entraînent une très légère transe ou hypnose éveillée, propice à l’apaisement mental et à la décontraction générale du corps.

Dans un hôpital de jour de la proche banlieue parisienne Manikoth Vongmany et moi animons une séance de Qi Gong thérapeutique et de Tai Chi trois fois par semaine depuis sept ans.

Les patients sont orientés vers nos ateliers de Qi Gong ou de Tai Chi par l’équipe de soins, psychiatre ou infirmièr(e)s.

Dans nos groupes, nous accueillons des patients souffrant de pathologies plus ou moins sévères, plus ou moins chroniques : des patients souffrant d’états dépressifs majeurs, de psychoses, de troubles anxieux, de bipolarité, de burn out.

Nombreux sont ceux qui sortent d’hospitalisation psychiatrique.

Nous avons élaboré un Qi Gong spécialement adapté à la diversité des profils des patients qui nous sont adressés au sein de l’hôpital de jour.

Nous travaillons en ce sens sur plusieurs points de base des arts du Tao.

Un de ces points est le travail que nous proposons sur la posture.

Les troubles de l’humeur et la dépression s’expriment dans l’affaissement postural, épaules rentrées, tête courbée, respiration courte.

La posture de base du Qi Gong « entre le ciel et la terre » indique que l’attention doit se porter sur la plante des pieds ( R1) et le sommet de la tête (DM20) .

La plante des pieds, bien que restant chaussée, ressent à nouveau les sensations de contact avec le sol, les appuis et les déroulements des articulations du pied .

Ces sensations sont très souvent ignorées si l’on n’y concentre pas son attention.

Retrouver les sensations fines sous les pieds permet de mieux disposer le poids du corps en mouvement, de mieux percevoir le déplacement du centre de gravité. Cela peut rapidement améliorer les sensations de stabilité et d’équilibre.

Les patients en psychiatrie sont souvent lourdement médiqués, et parmi ces médicaments, un certain nombre provoquent des effets secondaires de vertiges, et de somnolence, entre autres. Ces effets désagréables peuvent aussi engendrer des appréhensions motrices, peur de tomber, de trébucher, crainte de sortir de chez soi.

Rechercher les sensations corporelles fines, rester à l’écoute de son corps, trouver l’espace intérieur de l’instant présent est un travail qui peut commencer par l’attention portée à l’utilisation de la plante des pieds dans les déplacements lents du Qi Gong.

Affiner ses capacités de proprioception par ce travail d’ancrage est une des bases de notre travail sur la posture.

L’attention portée sommet de la tête DM20 est complémentaire sur cet axe visant à récupérer une verticalité.

Le redressement des épaules est un travail sur la carapace émotionnelle qui enferme le sujet dans une posture défensive inconsciente.

Ce travail nécessite du temps car la posture exprime une lente dégradation du schéma corporel qui encapsule de nombreuses expériences douloureuses, voire traumatiques.

Nous travaillons le redressement des épaules par la respiration dirigée et l’auto- massage .

Le redressement des épaules entraîne l’ouverture de la poitrine RM 17 .

La respiration peut redescendre vers le diaphragme, l’amplitude respiratoire s’améliore et amène une détente . Les bâillements et les soupirs sont fréquents à ce stade et indiquent que le travail sur la respiration profonde s’accroît.

Le corps, lieu de souffrances, de rejet ou d’oubli se réinvestit peu à peu comme lieu de sensations agréables . Le patient s’entraîne à répéter les gestes simples d’auto-massage du visage, de la nuque, des bras de l’abdomen.

Il apprend à être acteur de son mieux être. Peu à peu de nouvelles sensations corporelles s’inscrivent dans la mémoire du corps .

Le retour à une posture verticale nécessite un grand travail tant sur le plan structural que psychologique comme nous venons de le voir.

Il est une des bases de notre travail de Qi Gong en psychiatrie. La posture est un langage infraverbal qui parle de l’histoire du sujet à son insu.

Une posture affaissée est souvent le résultat de longues souffrances psychiques. Cette posture est un moyen de défense qui enferme le sujet dans un rapport aux autres craintif et peu communicatif.

Quand le patient redevient acteur de son soin, par exemple par le Qi Gong, nous observons que son humeur s’améliore.

Le travail sur la posture, sur le redressement en souplesse de la colonne vertébrale, associé à l’écoute fine de ses sensations sous la plante des pieds est un travail d’ancrage qui offre de nombreuses opportunités de travail symbolique et énergétique.

Se sentir ancré, stable, centré, intériorisé et aligné est une sensation merveilleuse qui procure un bien-être global dans le corps - émotions.



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